Les corps inutiles – Delphine Bertholon

Les corps inutiles - Delphine Bertholon Figurant parmi les nouveautés reçues à la bibliothèque, j’ai été intriguée par le nouveau roman de Delphine Bertholon, Les corps inutiles (Ed. JC Lattès, 2015). Jusqu’à présent, je n’avais jamais rien lu de cette auteure, je partais donc sans à priori, avec juste un ou deux brefs avis en tête au sujet de ce livre. Et avec rien de plus, rien de moins, je suis partie à la découverte de ce roman…

Quelques jours après son quinzième anniversaire, à l’aube de la fin du collège, de son entrée au lycée, Clémence est agressée sexuellement dans une rue près de chez elle. Une épreuve qui la marquera à l’encre indélébile pour des années et des années à venir. Impossible d’en parler, emprisonnée dans son silence, c’est comme si une nouvelle Clémence venait d’éclore, insensible à tout ce qui l’entoure, jusqu’à ne plus rien ressentir, les sens annihilés. En rupture avec tout, en rupture avec elle-même. Meurtrie dans sa chair, une seule chose l’obsède désormais : se venger, ne plus jamais subir, ne plus jamais souffrir…

La première partie du roman nous permet de faire connaissance avec Clémence adolescente, de découvrir avec effroi l’agression subie à quinze ans. De suivre le cheminement de la nouvelle Clémence après cette violente attaque, tant sur le plan physique que moral. Les chapitres s’alternent, oscillant entre la jeune fille qu’elle était et l’adulte qu’elle est devenue après cela. Quinze années ont passés, Clémence n’a toujours pas recouvré l’usage de ses sens. Elle travaille désormais dans une usine d’un genre particulier, le genre de celles où l’on fabrique des poupées pour des hommes en mal d’aimer… Une seule chose semble l’animer, l’importance de son rituel au 29 de chaque mois, date à laquelle tout a changé dans sa vie. Ne plus subir, au contraire s’offrir, prendre le contrôle à son tour, avec l’espoir de ressentir de nouveau. Détruire pour reconstruire.

Au fil des pages, tout prend sens, le silence de Clémence sur son agression, ses blessures, le sens de ses actes, cette façon de donner son corps aux hommes sans état d’âme, anesthésiée, pleine de cette colère sourde, un paradoxe pas évident à vivre… Impossible de ne pas établir un discret mais néanmoins frappant parallèle entre le rapport qu’à Clémence à son corps et ceux des poupées qu’elle maquille à son travail. Le titre même du roman recouvre alors toute sa signification. Le lecteur est happé par l’histoire, pression psychologique partagée avec le personnage, entraîné dans la tourmente de Clémence adolescente / adulte.

Les deux dernières parties du livre font basculer l’histoire dans une autre dimension, rappelant les « accents de roman policier » évoqués en quatrième de couverture. Le rythme, la pression s’intensifient. Connaîtra t-on enfin le responsable de l’agression de Clémence ? Quelle sera l’issue finale de ce roman ? Le style de l’auteure m’a semblé être à l’image de l’ensemble du roman : percutant, intense. Causes et conséquences des actes, poids des mots utilisés, rien n’est gratuit, rien n’est là par hasard.

Difficile pour moi de retranscrire ici l’effet que m’a fait ce roman, tant Les corps inutiles, vous l’aurez compris, m’a fait l’effet d’une lecture marquante, frappante, qui me restera en mémoire encore quelque temps après l’avoir terminé…

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