Tigre, tigre ! – Margaux Fragoso

J’ai fait cette découverte littéraire après avoir lu une chronique en ligne au sujet de ce livre. Et c’est lors d’une visite en bibliothèque que je suis parvenue à l’emprunter, non sans appréhensions vis-à-vis de sa lecture. Vous comprendrez mieux mes propos d’ici quelques lignes…Tigre, Tigre ! est une autobiographie rédigée par Margaux Fragoso, traduite en français par Marie Darieussecq et publié aux éditions Flammarion, en août 2012. L’auteure livre à ses lecteurs une sombre partie de son histoire personnelle, celle d’avoir été la victime d’un pédophile dès son plus jeune âge…

Margaux Fragoso - Tigre, Tigre !(Crédits photo : Création Studio Flammarion – En couverture : © Jack Davison)

Margaux est âgée de 7 ans lorsqu’elle rencontre Peter Cullen, 51 ans, durant une sortie à la piscine avec sa mère. Fascinée par cet homme, elle s’approche et finit par jouer avec lui et ses deux garçons. Point de départ d’une relation malsaine qui ne durera pas moins de quatorze ans, Margaux semble comme absorbée par la personnalité de Peter. Fascinée par lui, par sa maison, ses animaux, Margaux, petite fille innocente, sombrera dans les âpres manipulations d’un homme sans scrupules, malgré les apparences laissées autour de lui. Difficile de parler d’un tel livre, de trouver les mots justes… De nombreuses fois, j’ai manqué refermer le livre, tant certaines descriptions de scènes de sexe entre Peter et Margaux sont difficiles à supporter sur le plan émotionnel. Tout semble raconté de manière si précise, et pourtant si souvent de façon si détachée. Difficile de relater une telle histoire.

Comme elle l’explique à la fin du livre, grâce au recul qu’elle a pu enfin prendre, ces criminels choisissent le plus souvent « des enfants de foyers perturbés » (bien que pas seulement). Tandis que la mère de Margaux est atteinte d’une maladie mentale qui l’empêche d’assumer pleinement son rôle de mère et de protéger Margaux, son père, bien qu’aimant sa fille, ne cesse de la rabaisser et de la rendre coupable de tous les maux de la famille. Et c’est en Peter que Margaux semble trouver de la reconnaissance et enfin quelqu’un qui la place sur un piédestal (ô combien malsain et fragile). Elle oscille cependant sans cesse entre admiration, rage, jalousie, jusqu’à rentrer dans un processus de dépersonnalisation, par le biais de son double maléfique, Nina, pour mettre ses actes à distance d’elle-même, et satisfaire les envies les plus perverses de Peter.

Au fil de la lecture, on perçoit les stratagèmes mis en place par Peter pour garder Margaux dans ses filets. Processus classiques utilisés par ce genre de prédateur sexuel : manipulation, chantage affectif, échanges de procédés, jalousie, arguments pour la convaincre que tout ceci est normal. Il met tout en oeuvre pour isoler Margaux, et pour la faire demeurer au stade de petite fille. Elle passe beaucoup de temps dans sa maison, la plupart du temps sous les yeux de sa mère qui ne s’aperçoit de rien, puis elle y va seule à partir de 12-13 ans. Premier contact intime et forcé dans la cave de la maison à 8 ans. Au fil des années, ils se réfugient dans la petite chambre et dans la voiture de Peter… Sa première « vraie » relation intime avec Peter, elle ne l’aura qu’à l’âge de 16 ans.

Margaux grandit et il n’accepte pas qu’elle puisse s’intéresser et nouer des relations avec des hommes plus jeunes que lui. Elle n’en sera libérée qu’en 2001, à la mort de Peter, à 66 ans (elle en a 22), qui finira par se jeter du haut d’une falaise, un endroit où Margaux et lui s’étaient déjà promenés. Les seules choses qu’elle conservera de lui, ce sont toutes ces photos prises, toutes ces lettres écrites, tout ce qu’il a conservé d’elle. Margaux a longtemps souffert de ce qu’on appelle le syndrome de Stockholm : elle a toujours, de manière plus ou moins constante, ressenti de l’empathie à l’égard de Peter Cullen. C’est uniquement en 2010, à l’achèvement de l’écriture de ce livre, que Margaux Fragoso annonce qu’après un long travail psychologique, elle est parvenue à briser tous les mécanismes qui l’ont fait grandir dans ce contexte, et à accepter son histoire. Elle est aujourd’hui mariée, et elle a une fille. Je pense qu’elle n’avait pas pour objectif de faire pleurer le lecteur en écrivant ce livre, mais de témoigner d’une réalité, d’un crime qui bouleverse encore tant de vies et de familles, et d’oser parler, briser ce silence, mettre un terme au déni, qui rendent plus forts toutes les personnes comme Peter Cullen.

Clairement, ce n’est pas une lecture dont on ressort indemne.

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2 comments

    • Lis-moi si tu veux a dit :

      C’est une démarche courageuse effectivement, mais la lecture est éprouvante, sachant que nous ne sommes que lecteurs… Ça fait déjà froid dans le dos, vraiment, et c’est peu dire. Je ne sais pas si je serais capable de lire un autre livre sur ce type d’histoires…

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